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Principales pathologies des tortues.
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Principales pathologies des tortues.
Principales pathologies des tortues
Par Alexandre Balzer, vétérinaire
Les pathologies générales
A - L'écart thermique
Il s'agit du coup de froid et du coup de chaleur. Le coup de froid se traduit par un animal léthargique et une diminution des défenses immunitaires qui provoque des problèmes respiratoires. Cela se produit souvent lorsque l'animal est sorti, du terrarium au dehors, au printemps, passant d'une température de 25-28 °C à une température de 15-16 °C. C'est aussi parfois le cas à la suite d'une anesthésie par le froid, qui fragilise les reptiles (mieux vaut recourir à une contention physique ou chimique). Cela peut aussi arriver en cas de panne du système de chauffage du terrarium. Le traitement est bien entendu de réchauffer l'animal. Mais ce réchauffement doit se faire très progressivement. Le coup de chaleur se produit lors de chaleurs importantes, lorsque aucun abri à l'ombre n'est possible. Il conduit très souvent à la mort. C'est une pathologie fréquente de la tortue placée sur un balcon, en plein soleil ou derrière une vitre, sans ombre, ou lorsque la tortue reste coincée, entre un mur et une pierre. C'est aussi le cas de la tortue dont le terrarium ne dispose pas de coin d'ombre aménagé. Dans les cas graves, le traitement repose sur les analeptiques cardiorespiratoires injectés par un vétérinaire. Sinon, il est possible de faire descendre la température corporelle de la tortue en la plaçant dans de l'eau à 30-32°C. Le pronostic reste, toutefois, réservé. Évidemment, la prévention est indispensable : vérification régulière du système de chauffage et des abris pour les tortues.
B - La noyade
Dans le cas des tortues terrestres, cela peut provenir d'un déséquilibre sur le point d'eau d'abreuvement. Pour les tortues aquatiques, cela survient lors de l'accouplement de femelles avec des mâles trop ardents qui les maintiennent trop longtemps sous l'eau. On retrouve alors la femelle affalée sur le bord de la plage. Le traitement, hygiénique et médical, repose sur des analeptiques cardiorespiratoires et un diurétique. La prévention passe encore une fois par une surveillance des zones de repos (elles doivent être facilement accessibles) et des niveaux d'eau (une hauteur d'eau insuffisante empêche la tortue de se retourner).

Les bassins d'eau doivent être adaptés en fonction de la tortue et de sa taille. Il est préférable d'utiliser des bassins avec un plan incliné permettant aux tortues de sortir de l'eau sans trop d'efforts.
C - Syndrome d'inadaptation
Il se produit sur les tortues exotiques (comme la terrapène, tortue semi-aquatique de climat tempéré, à régime alimentaire mixte) et se traduit par une anorexie mentale : « la tortue ne se sent pas bien dans sa carapace ». On observe un épuisement progressif, qui empêche, encore plus, la tortue de s'alimenter. On observe ensuite une facilité des maladies à s'installer. Il est fréquent d'observer sur ces animaux des lésions cutanées qui cicatrisent mal, des nécroses, une perte d'appétit, des diarrhées et une recrudescence du parasitisme. Ce syndrome intervient dans de très nombreux cas. Près de cinquante pour cent des tortues meurent d'inadaptation dans leur nouvel élément. Le stress et des conditions inappropriées font souvent des ravages. On vérifie, dans un premier temps, que la tortue dispose de bonnes conditions de vie puis on lui propose des aliments très appétants, tels que des fruits rouges. Si la tortue ne mange toujours rien, on peut alors songer à la gaver pour, dans un premier temps, faire remonter la glycémie. Il est conseillé d'administrer, en même temps, une dose de vermifuge et de stimuler l'appétit par une injection de vitamines A, D3 et E. Et, bien sûr, de modifier les conditions de vie de l'animal.
Est-il nécessaire de faire hiberner sa tortue ?
Il vaut mieux faire hiberner une tortue qui en a l'habitude, car la diminution du nombre des cycles d'hibernation réduit d'autant la durée de vie de l'animal. L'hibernation se réalise, en pratique, à partir de la seconde année de vie, lorsque la tortue a fini sa croissance et peut donc mieux supporter ce stade. Avant toute induction de la phase d'hibernation, il faut vérifier que la tortue a des chances de s'en réveiller, en s'assurant que le régime et les réserves énergétiques sont suffisants. Pour cela, il est nécessaire de pratiquer une vermifugation préalable et d'administrer un cocktail vitaminé (vitamines A, D3 et E). Si une tortue est malade avant l'hibernation, il faut d'abord la guérir (donc la maintenir éveillée...) puis on pourra la faire hiberner. Pendant la phase d'hibernation, il faut surveiller différents facteurs : la température (si celle-ci augmente, on risque une diminution de la profondeur du sommeil, voire une réactivation de la tortue, qui, ne se réalimentant pas, perd de l'énergie et risque de dépérir ; dans ce cas, il est conseillé de réveiller totalement l'animal, pour qu'il recommence à s'alimenter) et l'état des réserves de la tortue notamment. Si l'hibernation s'est passée sans problèmes, le réveil se pratique en mettant la tortue dans de l'eau tiède (32-33 °C), ce qui provoque une vidange des intestins, un réchauffement progressif de l'animal et le rétablissement du métabolisme physiologique, avec la reprise de l'alimentation. On peut réaliser ceci trois jours consécutivement puis vermifuger à nouveau.
D - Pathologie cutanée
Nous distinguerons dans cette partie les affections de la carapace puis les autres affections de la peau.
Les ulcères Ce sont, en général, des ulcères bactériens, plus rarement mycosiques. L'étiologie est le sol inadapté, ce qui abîme les pattes et le dessous de la carapace et conduit à la nécrose. Les bactéries colonisent alors de petites plaies. Les tortues présentent rapidement une congestion des membres et de la queue. Les conséquences peuvent être dramatiques, avec une nécrose du membre considéré voire une septicémie. Le traitement doit être rapide et fort. Les antibiotiques sont indispensables.

Les ulcères se développent rapidement. Les bactéries environnantes colonisent rapidement la plaie. On distingue sur la partie supérieure du membre gauche une érosion qui tend à s'étendre.
Nécrose de la carapace D'origine bactérienne, elle apparaît dans les zones de jonction des écailles de la carapace et se manifeste par des taches. Sous les écailles, l'os est atteint (il s'agit en fait d'une carie osseuse). Le traitement repose sur le curetage de la lésion, jusqu'au saignement, puis il faut boucher le trou (surtout pour les tortues aquatiques) avec du Violet de gentiane, de la pâte dentaire ou de la résine d'époxy. Si la lésion est petite, on utilise de la fibre de verre imprégnée de résine d'époxy à polymérisation lente, ce qui évite les brûlures, pendant la polymérisation du produit qui dégage de la chaleur, lors du durcissement. Si la lésion est plus importante, on peut mettre en place un support déjà polymérisé, qui évite le contact de la résine avec les tissus mous. Avant de placer la prothèse, il est possible de badigeonner la lésion avec une pommade, qui protégera les tissus sous-jacents. On associera, à ce traitement local, un traitement général sous la forme d'une antibiothérapie. Les tortues atteintes doivent être impérativement séparées des tortues saines.
Brûlures Les brûlures apparaissent en été ou dans les terrariums dont le chauffage est mal placé. Les animaux se brûlent en passant à proximité. Il faut désinfecter avec une solution de bétadine. Il faut de plus bien vérifier l'état général de l'animal. Si la brûlure n'est pas très importante, il n'y aura pas de conséquences, normalement. Cependant, si la blessure est profonde ou très étendue, l'animal risque rapidement d'être déshydraté. Il faut emmener rapidement la tortue chez le vétérinaire.

Tortue grecque blessée par une débroussailleuse. La colonne vertébrale et les organes profonds sont intacts. Le traitement consiste en la création d'une carapace de remplacement à l'aide de tissu de fibre de verre enduit.
Les abcès Il est fréquent de voir sur les reptiles et en particulier sur les tortues, des abcès cutanés ou sous-cutanés. Quelquefois, la présence d'abcès est la manifestation extérieure d'une infection profonde. Les abcès évoluent à partir de petites blessures externes. On retrouve de très nombreux germes qui colonisent alors la plaie. Les abcès sont généralement localisés sur le corps mais préférentiellement dans la région parotidienne, maxillaire, les zones interdigitées, les membres, le cou et la gorge. L'abcès se présente comme une masse non fluctuante, dure, de taille variable. Le pus apparaît jaunâtre à brun. Le traitement est à la fois local et systémique. La prévention passe par la vérification du terrarium et des surfaces blessantes. Chez la tortue, le tympan est plat. Dans le cas d'otites, on observe une tuméfaction du tympan, qui devient bosselé. Il faut alors inciser puis, à l'aide d'une curette, enlever toute la masse solide. On rincera, ensuite, avec un antiseptique (ou un antibiotique) puis on désinfectera régulièrement.

Un abcès évolue vers une plaie plus importante s'il n'est pas traité. Dans ce cas, la tortue ne s'alimente que difficilement. Si la lésion n'est pas impressionnante, les conséquences sur la santé de l'animal peuvent êtres dramatiques.
Les parasitoses externes : myases et acariens Les myases apparaissent sur les plaies suintantes ou les lésions de dermatites d'humidité. Les mouches y pondent et les asticots pénètrent dans l'espace entre la carapace et la peau puis passent dans la cavité générale. On trouve aussi, parfois, des asticots en grand nombre dans le cloaque. Les acariens, essentiellement des tiques et des aoûtats, sont présents sur les tortues importées. Le traitement repose sur des pommades à base d'organophosphorés. On proscrira absolument les ivermectines, toxiques pour la tortue.
E - Fracture
Elle est le plus souvent consécutive à un traumatisme (choc avec une voiture, morsure par un chien ou une tondeuse à gazon). Le premier temps consiste en un bilan de la santé de l'animal, afin d'estimer les chances de survie et les séquelles pouvant découler de l'accident. Il faut vérifier l'intégrité nerveuse (en effet, la colonne vertébrale est fixée au milieu de la dossière, sur deux tiers de la longueur, et se trouve par conséquent très exposée ; dans le cas d'une paralysie flasque, après section de la colonne, il n'y a rien à faire et le pronostic est extrêmement sombre), les lieux de fissure de la carapace lors des mouvements respiratoires, et l'absence de lésions majeures sur les organes sous-jacents. Avant toute réparation, on place un pansement durant quelques jours, ce qui permet de regarder à l'intérieur de la cavité. La réparation se fait ensuite à l'aide d'une résine et d'un bandage. On peut également utiliser des agrafes que l'on place en position de placage forcé, afin d'éviter tout bâillement, et que l'on recouvre d'une résine et d'un bandage. Dans le cas d'une perte de substance, il est possible de combler le déficit par une résine ou une pâte (sans oublier les précautions à prendre lors de la pose de la résine...).
Les pathologies de l'appareil respiratoire
Il s'agit de la pathologie majeure de la tortue grecque et de la terrapène, chez lesquelles on remarque une chronicité, et de la tortue d'Hermann et des tortues aquatiques, chez lesquelles il s'agit plutôt d'un accident (coup de froid).
A - Rhinite
Elle se traduit par des signes d'humidité permanente au bout du nez, des bulles lorsque l'animal respire, des écoulements séreux, muqueux ou purulents (attention, le pus des reptiles est rapidement solide...) sur le bord des narines, et une inflammation oculaire. Lorsque l'on ouvre la bouche, on observe une stomatite. Et, dans la partie interne, on remarque que les choanes sont obstruées par des masses jaunâtres de pus, qui diminuent les facultés olfactives de la tortue et l'empêchent de manger, la respiration devenant impossible s'il existe une alimentation concomitante. Il faut donc déboucher les choanes puis rincer les narines et les cavités nasales, avant de commencer tout traitement antibiotique. Le stade final de la rhinite voit une atteinte des poumons.
B - Pneumonie
On remarque que la tortue terrestre a une respiration bruyante (le propriétaire parle alors de plainte), car des éléments font obstruction, au niveau des bronches et de la trachée, provoquant parfois des sifflements. Pour les tortues aquatiques, les poumons étant situés sous la carapace - sur la partie supérieure du dos - et participant à la stabilité de la nage de l'animal, si l'un des poumons est atteint, la tortue penchera du coté du poumon atteint. Si les deux poumons sont atteints, la tortue ne pourra plus plonger, voire ne pourra plus nager (car elle ne contrôle plus sa pression hydrostatique). L'origine de cette pathologie est multiple : virale, bactérienne, mycosique, parasitaire (chez les tortues sauvages ou néo-civilisées). Le traitement consiste en l'administration d'inhalations (désinfectants respiratoires comme l'eucalyptol, le menthol, le thymol) - en utilisant un carton fermé, avec une séparation du bol et de la tortue - pour que celle-ci ne se brûle pas, ou en utilisant un couscoussier, avec la tortue au premier étage et le bol au rez-de-chaussée, et d'un antibiotique avec éventuellement un corticoïde. Il faudra veiller à garder la tortue à une température de 30 °C.
Dernière édition par le Mer 28 Fév - 17:03:47, édité 1 fois
Re: Principales pathologies des tortues.
Les pathologies de la reproduction
Les tortues ne peuvent être mises en reproduction que si elles ont atteint une taille suffisante. Les problèmes sont évidemment différents pour la femelle et le mâle.
Chez la femelle
Le principal problème est la rétention d'œufs au moment de la ponte : la femelle prépare la ponte en creusant son nid puis présente des efforts expulsifs, mais sans résultat. Souvent, c'est le premier œuf qui bouche le passage ; mais, si on l'enlève, il y a des risques de lésions du cloaque allant parfois jusqu'à la déchirure de l'oviducte, ce qui entraîne une péritonite et la mort de l'animal. Le traitement s'appuie sur une mise au calme dans une atmosphère chaude, des bains d'eau tiède et une lubrification, avec des injections d'huile de table ou de gel dans le cloaque. Si cela ne suffit pas, on peut passer au traitement médical et procéder à une injection d'ocytocine (une unité), renouvelable deux heures après la première injection. Si ce traitement ne suffit toujours pas, on a recours à la chirurgie en faisant une césarienne, comprennat déplastronnage puis replastronnage avec pose d'une résine. Si la tortue vient à mourir, il est possible de récupérer les œufs et de les incuber artificiellement.
Chez le mâle
Les mâles sont fréquemment atteints de paraphimosis (ils ont des érections trop fréquentes, qui finissent par aboutir à une impossibilité de réintégrer le pénis en position physiologique). Le traitement repose, si on intervient assez rapidement, sur une lubrification et l'application d'un produit astringent (ou d'eau froide) qui diminue la turgescence du pénis et permet sa réintégration. Si le traitement n'est pas envisagé suffisamment tôt, on doit recourir à l'amputation du pénis.
Les pathologies rénales
Les problèmes rénaux découlent, le plus souvent, d'un défaut d'abreuvement ou de l'utilisation d'antibiotiques néphrotoxiques ; on observe donc, souvent, des néphrites et des calculs rénaux. Ces observations sont, en général, des constats d'autopsie. Les manifestations générales sont une perte d'appétit, un manque d'entrain, une déshydratation et des œdèmes généralisés. Le traitement consiste en un relancement de la fonction rénale.
Les pathologies locomotrices
On distingue deux entités principales : les fractures des membres et les arthrites. Les fractures sont assez rares chez les tortues. Le recours au vétérinaire est indispensable. Il est possible de réaliser des montages pour immobiliser les os atteints. Une couverture antibiotique est souvent indispensable.
Les pathologies nerveuses
Ce sont des problèmes dont les causes sont variables : bactériennes, inflammatoires, intoxications… Le pronostic est assez sombre. Les traitements sont difficiles à mettre en œuvre.
Les tortues ne peuvent être mises en reproduction que si elles ont atteint une taille suffisante. Les problèmes sont évidemment différents pour la femelle et le mâle.
Chez la femelle Le principal problème est la rétention d'œufs au moment de la ponte : la femelle prépare la ponte en creusant son nid puis présente des efforts expulsifs, mais sans résultat. Souvent, c'est le premier œuf qui bouche le passage ; mais, si on l'enlève, il y a des risques de lésions du cloaque allant parfois jusqu'à la déchirure de l'oviducte, ce qui entraîne une péritonite et la mort de l'animal. Le traitement s'appuie sur une mise au calme dans une atmosphère chaude, des bains d'eau tiède et une lubrification, avec des injections d'huile de table ou de gel dans le cloaque. Si cela ne suffit pas, on peut passer au traitement médical et procéder à une injection d'ocytocine (une unité), renouvelable deux heures après la première injection. Si ce traitement ne suffit toujours pas, on a recours à la chirurgie en faisant une césarienne, comprennat déplastronnage puis replastronnage avec pose d'une résine. Si la tortue vient à mourir, il est possible de récupérer les œufs et de les incuber artificiellement.
Chez le mâle Les mâles sont fréquemment atteints de paraphimosis (ils ont des érections trop fréquentes, qui finissent par aboutir à une impossibilité de réintégrer le pénis en position physiologique). Le traitement repose, si on intervient assez rapidement, sur une lubrification et l'application d'un produit astringent (ou d'eau froide) qui diminue la turgescence du pénis et permet sa réintégration. Si le traitement n'est pas envisagé suffisamment tôt, on doit recourir à l'amputation du pénis.
Les pathologies rénales
Les problèmes rénaux découlent, le plus souvent, d'un défaut d'abreuvement ou de l'utilisation d'antibiotiques néphrotoxiques ; on observe donc, souvent, des néphrites et des calculs rénaux. Ces observations sont, en général, des constats d'autopsie. Les manifestations générales sont une perte d'appétit, un manque d'entrain, une déshydratation et des œdèmes généralisés. Le traitement consiste en un relancement de la fonction rénale.
Les pathologies locomotrices
On distingue deux entités principales : les fractures des membres et les arthrites. Les fractures sont assez rares chez les tortues. Le recours au vétérinaire est indispensable. Il est possible de réaliser des montages pour immobiliser les os atteints. Une couverture antibiotique est souvent indispensable.
Les pathologies nerveuses
Ce sont des problèmes dont les causes sont variables : bactériennes, inflammatoires, intoxications… Le pronostic est assez sombre. Les traitements sont difficiles à mettre en œuvre.
Re: Principales pathologies des tortues.
Pathologies liées à l'alimentation chez la tortue
Par Alexandre Balzer, vétérinaire
Nourrir une tortue n'est pas forcément évident. Il est assez difficile de trouver l'ensemble des substrats que la tortue pourrait être amenée à consommer dans la nature. Pourtant, ce serait le seul moyen de lui procurer une alimentation parfaitement adaptée et équilibrée. Les tortues sont capables de se nourrir avec tout ce que l'homme leur proposera. Il faut cependant respecter quelques règles, sous peine d'avoir de nombreux problèmes. La nourriture de vos tortues doit être la plus variée possible. Il convient aussi de donner régulièrement un complément minéral et vitaminique. Attention, il est important de ne pas tomber dans l'excès. Comme en toute chose, l'excès nuit à la santé !
Les erreurs alimentaires
Il s'agit de carences, de déséquilibres ou d'excès.
Carence en vitamine A
C'est une pathologie qui atteint essentiellement les tortues aquatiques. Cela se traduit par un gonflement progressif des yeux, s'accompagnant de suppuration. Les paupières sont oedématiées et peuvent se recouvrir de lentilles de pus. Le traitement repose essentiellement sur une thérapie vitaminique (vitamines A, D3 et E).
L'étiologie de cette carence est le déficit intrinsèque de l'aliment en cette vitamine (le lot tortue/petit bac/crevettes séchées trop souvent proposé à la vente est proscrit pour deux raisons : le bac est trop petit et les crevettes séchées, peu consistantes puisque ne renfermant que de la kératine, sont de plus hyper carencées) ou le défaut d'apport alimentaire, lorsque la tortue ne peut sentir son aliment (par exemple, lors de rhinite, puisque l'odorat joue un rôle essentiel dans la recherche alimentaire), ou lorsqu'elle ne peut le voir.
Carence en vitamine B1
Elle se produit en cas de consommation d'éperlans (friture des mers), qui contiennent une thiaminase persistant même à la congélation ; il ne s'agit donc pas d'une carence d'apport. Ce risque est absent dans la friture d'eau douce.
Le signe principal de cette carence est la perte de l'appétit accompagnée d'un ramollissement de l'animal qui conduit, à terme, à la mort. À titre préventif, il est possible de donner de la vitamine B dans l'aliment.
Carence en vitamine D3 ou en calcium
L'origine est un mauvais éclairage (car les UV interviennent dans la synthèse de la vitamine D3) ou, pour les tortues aquatiques, une alimentation limitée à du steak haché qui contient trop de phosphore par rapport au calcium (il en résulte donc une carence relative en calcium).
La traduction de ces carences est une déformation osseuse et du rachitisme ; on observe un animal à carapace non consistante, ressemblant à du caoutchouc. Sur les tortues âgées, l'ostéodystrophie et la déminéralisation osseuse se remarquent par le fait que la tortue devient molle et ne se soulève plus, ses os étant très douloureux (à la radiographie, les corticales sont amincies). On observe encore une diminution de l'alimentation, la mâchoire ayant perdu de sa rigidité et étant douloureuse elle aussi. Le traitement repose sur l'administration de calcium et sur un apport simultané de vitamine D3.
Carence en vitamine C
Elle se traduit par un affaiblissement et une baisse de l'immunité, conduisant, le plus souvent, à des stomatites. Le traitement est celui des stomatites, avec un apport complémentaire de vitamine C.
Carence en iode
C'est une pathologie peu fréquente qui se manifeste par un goitre. Pour reproduire cette carence, il faudrait presque faire vivre des tortues aquatiques en eau de source et les alimenter avec des aliments ne renfermant pas d'iode. Certains végétaux peuvent cependant aussi engendrer ce genre de manifestations : le chou, l'oseille, la salade…
Hypervitaminose A
Elle n'est presque jamais décrite chez la tortue et concerne essentiellement la tortue terrestre. Elle se traduit par une perte des écailles et un changement de couleur de la peau sous-jacente, qui devient rose, se craquelle et cicatrise difficilement. Il faut alors désinfecter les plaies et supprimer tout apport de vitamine A pendant au moins six mois.
Pathologies du bec
Les lésions du bec sont rares. Elles peuvent être occasionnées par des chocs ou par des tentatives malencontreuses de gavage. Le traitement requiert souvent un parage de ces lésions. Celles-ci sont assez longues à cicatriser et il arrive souvent que des petites proliférations se développent.

Le gavage à l'aide d'instrument coupant ou trop dur est à proscrire. Il est impératif de ne pas blesser la tortue lors du gavage. En fonction de la taille de l'animal, il faudra adapter l'embout mis dans la bouche.
Pousse exagérée du bec
La tortue ne peut alors plus s'alimenter et il faut meuler le bec (il ne faut surtout pas le couper avec des ciseaux, sous peine de provoquer des micro fractures).
Chez la tortue-alligator, il existe physiologiquement un éperon sur le bec et il ne faut naturellement pas le couper.
Fracture du bec
Elle se produit, en général, au niveau de la mâchoire inférieure et il y a dissociation de deux éléments osseux. La tortue n'a alors plus la force de s'alimenter. Le traitement repose sur la suture des éléments fracturaires avec du fil métallique.

Le gavage des tortues est la seule manière de les nourrir en cas de pathologies graves de la cavité buccale.
Pathologies de l'appareil digestif
Atteinte de la cavité buccale
Ce sont des problèmes de stomatites et d'ulcères dont l'origine est variable. Ce peut être une stomatite d'origine physique, associée à des problèmes respiratoires : la tortue qui a une rhinite respire la bouche ouverte, et finit par avoir la muqueuse buccale desséchée, ce qui provoque un phénomène inflammatoire, conduisant à l'apparition d'ulcères. Il faut donc, d'abord, traiter la rhinite puis il y aura cicatrisation secondaire des ulcères.
Ce peut être, aussi, une stomatite d'origine virale ou stomatite membraneuse/ulcéreuse, provoquée par des Herpès virus. Il faut alors commencer par enlever les fausses membranes, dans la cavité buccale. Le problème majeur est que l'œsophage présente aussi des fausses membranes et que de plus, bien souvent, une grande partie du tractus digestif est atteinte par les ulcères ; le pronostic est généralement sombre car les lésions sont étendues et la tortue n'a aucune envie de s'alimenter. Le traitement repose sur une administration de vitamine C, par voie générale, par un badigeonnage des lésions buccales, avec une pommade antiseptique qui adhère aux lésions et s'élimine difficilement avec la salive et par l'administration d'un pansement digestif à base de kaolin lourd, contenant aussi un antibiotique, la néomycine. Lorsque les lésions sont vues à temps, un nettoyage local peut suffire. Il faut nettoyer la cavité buccale à l'eau tiède mêlée d'eau oxygénée ou de bétadine®.
Ces pathologies atteignent les tortues d'eau douce comme les terrapènes, ainsi que les tortues terrestres comme les tortues grecques (Testudo graeca), les tortues de Hermann (Testudo hermanni) et les Geochelone.
Les diarrhées
Les diarrhées sont assez fréquentes chez les tortues. Cependant elles ne signifient pas forcément une atteinte grave de l'animal. Les diarrhées font souvent suite à un dérèglement passager du transit digestif. Ce dernier peut être occasionné par un brusque changement de température ou une mauvaise digestion. Pour différencier les diarrhées importantes de celles bénignes, il faut regarder l'état général de la tortue. Dans le premier cas, il n'y a aucune altération de l'état général et pas de perte d'appétit. Une diète hydrique de deux jours, accompagnée d'un pansement intestinal, suffit pour enrayer la diarrhée. Il est important de vermifuger la tortue en même temps, les diarrhées étant essentiellement parasitaires (cf. parasitisme).
Dans le cas de diarrhées plus graves, les bactéries incriminées sont généralement les salmonelles, les Arizona et les Pseudomonas. L'émergence de l'une de ces souches provient de déséquilibres au sein de la flore habituelle de la tortue. Le traitement repose sur une administration d'un antibiotique à spectre large.
La flore bactérienne de la tortue est très variable et très particulière, pour les laboratoires. Ainsi, si on demande une coproscopie, il faut bien préciser la température à laquelle doit être faite la culture, puisque les laboratoires réalisent, le plus souvent, des incubations à 37 °C, alors que la flore de la tortue se développe à 25-26 °C (température d'entretien de la tortue).
Le parasitisme
Les parasites sont rarement à l'origine de troubles graves, mais leur élimination est très souhaitable car ils jouent un rôle spoliateur de nutriments, de vitamines et d'oligo-éléments. De plus, ils ont souvent pour conséquence des diarrhées. Si celles-ci deviennent trop fréquentes, on observe rapidement une atteinte de l'état général de la tortue, qui se défendra moins bien contre toutes les autres affections intercurrentes.
La nature de ces parasites est variable : il peut s'agir d'ascarides - nichant dans l'intestin grêle et de taille similaire aux ascarides du chien, qui seront recrachés par l'animal après la vermifugation -, d'Oxyuridés - que l'on retrouve dans les selles après la coproscopie -, de trématodes (douve) ou de cestodes (exceptionnel).
Il existe dans le commerce de nombreux vermifuges pouvant être utilisés pour les tortues. Votre vétérinaire vous conseillera sur le choix de la molécule et sur le mode d'administration.

Photo d'Ascaris excrétés lors de la vermifugation d'une tortue-boîte. La spoliation peut être importante. La présence de ces parasites peut expliquer de nombreuses diarrhées.
La constipation
Ce trouble est relativement fréquent chez les tortues. Le transit intestinal normal d'une tortue est d'environ sept jours. La constipation se produit lorsque la température extérieure diminue, ce qui entraîne une baisse de l'activité des enzymes digestives et un ralentissement du transit, voire une constipation. L'origine de la constipation peut aussi être mécanique, par un corps étranger occlusif, comme un caillou plutôt volumineux ou un sac plastique qui fait bouchon. De plus, les tortues ingèrent souvent et sans raison du sable et des graviers, qui peuvent dans certaines conditions provoquer des obstructions.
Le traitement réside dans l'administration de paraffine, par voie orale ou par le cloaque (en restant prudent pour cette dernière voie, car le rectum n'est pas le seul à déboucher dans le cloaque : il y a aussi les oviductes et la vessie, vers lesquels il ne faut pas faire remonter la paraffine, par surpression...). à ce traitement peut s'ajouter un bain d'eau tiède, à 28-30 °C, qui provoque la défécation sous 5 à 10 minutes, par accélération du transit. Enfin, dans le cas d'échec à ces deux traitements, on peut envisager une intervention chirurgicale en réalisant une fenêtre dans le plastron, avec une scie, puis en recollant le morceau, à la fin de l'opération, avec de la colle synthétique, ou en recousant ce morceau avec du fil métallique.
Il peut se produire des complications, suite à une phase de constipation. Ainsi, il peut survenir un prolapsus du cloaque puisque l'animal pousse pour déféquer, sans y arriver (cela peut aussi survenir, lors de la ponte, s'il y a rétention). Sous anesthésie générale, il est possible de réduire ce prolapsus.

En cas de constipation, il est possible d'améliorer les choses par des bains d'eau tiède. Attention bien sûr à ne pas noyer l'animal ni à le brûler ! Généralement, pour des constipations légères, une quinzaine de minutes suffisent pour obtenir l'expulsion des matières fécales.










